PRIMEURS 2025
Bordeaux 2025
« Un profil olfacto-gustatif pas rencontré depuis des lustres. Une expression fraîche et savoureuse d'un fruité croquant de millésimes froids associée à une architecture, une concentration et une profondeur de millésimes chauds. »
Trois siècles de Primeurs
Les « Primeurs » à Bordeaux, à ne pas confondre avec les vins primeurs du Beaujolais notamment, sont nés d'une tradition commerciale vieille de trois siècles où la propriété a l'avantage de profiter de trésorerie pour assurer ses coûts de production et le négoce a la garantie de ses allocations à un prix réduit.
Un jeu économique qui se joue à trois : la propriété qui vend, le négociant qui achète et un intermédiaire, nommé courtier, qui est à la fois un ambassadeur pour la propriété et un garant pour le négoce.
Depuis les années 80, un quatrième intervenant participe : la presse. Ce rendez-vous est devenu parallèlement une grande foire aux meilleures notes : journalistes, critiques, importateurs venus du monde entier, chacun rêve de découvrir le meilleur vin du monde. Pour la propriété, même si elle ne vend que très partiellement en primeur, le rendez-vous est immanquable : il faut y être vu, il faut y être bu.
Mes premiers vins goûtés en primeurs le sont en 1986, il y a aujourd'hui 40 ans. J'ai commenté tous les millésimes en primeurs depuis 2000 pour le magazine In Vino Veritas — après deux ans d'absence je me devais de reprendre du service sur cet incontournable rendez-vous.
Cette année, pour prendre la température du millésime 2025, j'ai goûté un peu plus de 400 vins à travers les sessions des grands consultants Stéphane Derenoncourt, Eric Boissenot, Michel Rolland, ainsi que celles de CVBG / Dourthe-Kressmann et l'ODG Médoc pour ses premiers blancs sous la bannière « Médoc », plus quelques bouteilles à la maison.
Mon parti pris : laisser les premiers crus classés à mes confrères et concentrer ma curiosité sur les vins que l'on peut encore acheter : ceux qui se trouvent à la carte de nos restos préférés, circulent chez les cavistes, se visitent encore à la propriété, et gardent des prix accessibles.
Fabian Barnes
Une année sur les rails
L'année 2025 démarre sereinement : les gelées tardives d'avril sont évitées, la floraison est précoce et rapide. À partir de juillet, vagues de chaleur et raréfaction des pluies ; la mi-véraison est notée très en avance, le 26 juillet. Une canicule du 7 au 17 août accélère drastiquement la maturation : la surmaturité est à craindre. C'est alors que, le 27 août, trois jours de pluies salvatrices arrosent la Gironde : la concentration des merlots se rééquilibre par dilution, la fraîcheur aromatique est préservée. Les cabernets-sauvignons exultent et sont quasiment tous vendangés fin septembre, fait exceptionnel. Pour les liquoreux, l'épisode pluvieux couplé aux jours secs et venteux installe la pourriture noble dans sa forme la plus convoitée, et 3 à 4 tries livrent des moûts particulièrement nets.
Lire la chronique climato complète, avec les courbes Météo France & ISVV →
Bordeaux millésime 2025
« Un profil olfacto-gustatif pas rencontré depuis des lustres ! »
En quelques mots : une expression fraiche et savoureuse d'un fruité croquant de millésimes froids associée à une architecture, une concentration et une profondeur de millésimes chauds.
Vous pourrez lire ici et là que le millésime n'est pas exceptionnel parce qu'il est hétérogène. Mais vous lirez probablement aussi, et sous ces mêmes plumes, que les vins réussis n'ont jamais été aussi nombreux, de nombreux critiques n'ont jamais autant attribués de 100 points ou de 20/20.
Trois faits exceptionnels

« 2025 : un scénario unique, un millésime mémorable » — la fiche officielle Derenoncourt Vignerons Consultants.
Les blancs secs 10/10
Je note les blancs secs, 10/10, parce que les Sauvignons sont éclatants et très peu variétaux et associés à des sémillons gras, profonds et particulièrement aromatiques leur mariage est étonnant d'éloquence.
Les liquoreux 10/10
Je note les liquoreux, 10/10, parce que même s'ils n'ont pas la complexité mémorable des 2001, ils ont en revanche une pureté aromatique et une justesse de l'équilibre qu'on ne peut minimiser.
La rive gauche 10/10
La rive gauche vaut bien 10/10. C'est le pays du cabernet sauvignon. Même si le merlot rivalise sur l'ensemble du vignoble du médoc le cabernet sauvignon est particulièrement dominant dans les appellations villages, jusque 70% de l'aoc.
Les belles révélations de ce millésime ont pour signature l'opulence et la gourmandise. Ces mêmes cabernet sauvignons qui ont habituellement dans les grandes années cette trame compacte, monolithique, semblent ici en lévitation.
Et même si tous les crus médocains ne se valent pas, les plus grandes réussites donnent le ton de ce qui pouvait être atteint cette année et cela mérite un coup de chapeau global.
La rive droite 9/10
La rive droite, 9/10. Ici c'est le pays du merlot, c'est aussi celui du cabernet franc. C'est le pays du calcaire, des graves, celui des argiles des molasses et des sables, celui aussi des plateaux, coteaux et pied de côtes : une diversité donc multifactorielle importante au regard de la climatologie.
En 2025, les quelques épisodes pluvieux de juin à septembre ont favorisé le médoc et peu arrosé le Libournais. Le déficit hydrique a affecté les sols les plus filtrants, les plus drainants.
Les vins libournais réussis envoûtent par leur panache flamboyant : les terroirs à bonne régulation hydrique ont favorisé la constance des merlots, et la présence de cabernet francs apporte fraicheur et consistance. Avec la diversité des terroirs, évidemment que quelques vins souffrent d'un fruité pas très frais, de milieu de bouche décousu et de manque de finale.
Oui, 2025 est, à bien des égards EXCEPTIONNEL même s'il y a quelques ratés ici ou là : cela donnera raison à vos guides ou lectures préférés d'exister.
Le Top 15 du millésime
Je note. À chaque vin, deux notes posées sur le coup, au stylo, sans retour en arrière. La Complexité (C), c'est l'œnologue qui parle : ce que le vin a dans le ventre, sa structure, sa profondeur. Le Plaisir (P), c'est l'amoureux : ce que le vin me donne, l'envie d'en reprendre.
Ce qui suit, c'est le mot pour mot de mon carnet des dégustations primeurs 2026.
Douze vins gourmands sous 30 € la bouteille
Notes de plaisir ≥ 17, prix bouteille ≤ 30 €. Les vins qui livrent le plus d'émotion par euro investi.