Climato 2025
Le millésime 2025 raconté
La chronique technique complète signée Fabian Barnes, depuis le démarrage de l'année jusqu'aux dernières tries de Sauternes.
← Retour à l'article principalL'année 2025 est une année sur les rails : conditions clémentes au printemps, été chaud et sec, canicule en août, puis trois jours de pluies salvatrices fin août. Au final, un millésime exceptionnel, comme 2005, les rouges sont grands, les blancs secs réussis, les liquoreux splendides.
L'année démarre
Depuis quelques années, les gelées tardives en avril sur une vigne précocement débourrée sont devenues malheureusement régulières.
Mais, 2025 y échappe grâce à des températures froides jusqu'à la mi-mars qui retiennent le réveil de la vigne ; celle-ci ne reprendra son cycle que début avril.
Floraison et printemps
S'enchaînent des conditions météorologiques clémentes qui favorisent sa croissance régulière et la pression phytosanitaire est contenue sans grande difficulté.
La seconde quinzaine de mai presque estivale favorise une floraison précoce dès la fin du mois. Elle est rapide grâce à un mois de juin chaud et ensoleillé qui met le vignoble à l'abri de « coulure » et « millerandage ».
A ce stade le seul hic est la petite taille des inflorescences, héritage de la météo catastrophique du millésime précédent.
La nouaison se déroule dans des conditions idéales avec début de contrainte hydrique ce qui est propice à la synthèse de composés phénoliques.
Quelques épisodes orageux ponctuent le mois de juin, parfois avec un peu de grêle mais sans impacts significatifs. En revanche cette pluviométrie variable d'une région à l'autre a clairement favorisé le grossissement des baies dans les vignobles les plus arrosés (Medoc et Entre 2 Mers). A contrario, les régions épargnées par les pluies, pour peu que le sol soit fortement drainant, le manque hydrique a occasionné des débuts de blocage végétatif et a arrêté, en tout cas perturbé, le développement des baies.
L'été et la canicule
La raréfaction des pluies fin juin puis les premières vagues de chaleur en juillet prédisposent le métabolisme de la vigne à un ralentissement puis l’arrêt de la croissance avant la fin du mois.
La véraison va être, dans la continuité de la floraison, rapide (une dizaine de jours) et homogène. La mi-véraison est notée au 26 juillet donc très en avance.
A ce stade toute les conditions d'un grand millésime sont réunies.
La maturation des raisins commence idéalement et elle s’accélère à la suite d’un épisode caniculaire qui touche le bordelais du 7 au 17 août.
Les analyses de maturité à ce stade sont enthousiasmantes. La richesse en sucres, en matière colorante, l'acide malique précocement dégradé, et surtout la quasi non détection de marqueurs végétaux (IMBP « pyrazine ») placent ce millésime sous les meilleurs auspices.
Surmaturité et pluies salvatrices
Seul la taille des baies, handicapées par la petitesse des fleurs au départ, évolue peu en raison des chaleurs et du manque d'eau et laisse présager d'une très petite récolte.
Les fortes chaleurs et la sécheresse perdurent jusqu'à la fin aout. La maturation s'accélère drastiquement en particulier pour les merlots. Les sucres se concentrent et l'acide malique diminue. La surmaturité est à craindre.
De nouveau, les vignobles situés sur des sols particulièrement filtrant souffrent davantage et certaines parcelles commencent tout de même à perdre leur feuillage et les grappes flétrissent.
C'est alors que dès le 27 août 3 jours de pluies salvatrices arrosent la Gironde.
Les merlots les plus avancés reprennent un peu de volume, la concentration en sucre diminue par dilution, l'acide malique cesse d'être consommé et se maintient proche de 2g/L. La surmaturité, toujours dommageable à l'équilibre et la fraicheur aromatique, est évitée.
A l'issue de cet épisode pluvieux les premiers merlots sont vendangés. La maturation des merlots plus tardifs est relancée.
Les cabernets-sauvignons exultent
Les cabernet-sauvignons exultent. Les baies grossissent, l'accumulation des sucres reprend (l'équivalent d'un degré alcoolique) grâce une relance de la dégradation de l'acide malique.
Avec en plus les nuits fraiches de septembre, les anthocyanes s'accumulent, la pellicule mûrie et améliore l'extractibilité de la couleur.
Fin septembre les cabernet-sauvignons sont quasiment tous vendangés, ce qui est particulièrement exceptionnel.
La composition de ces cabernet-sauvignons est tout aussi exceptionnelle : le rapport sucre / acidité est remarquable, les pH restent surprenamment bas, la concentration en anthocyanes est impressionnante et supérieure à 2022… Les cabernet-sauvignons sont incroyablement frais et fruités dans une année climatique chaude et sèche.
Dans l'ensemble, pour les rouges, c'est un grand millésime. D'un équilibre merveilleux, frais et juteux, fruité et gourmand, ample et suave, et pour les plus grands terroirs, éloquence et élégance en sus.
Le cas des blancs secs
Les premiers sauvignons sont récoltés le 11 aout, le 14 pour les sémillons et les vendanges s'étalent jusqu'au 1er septembre pour les premiers, 5 septembre pour les seconds.
Les baies sont riches en sucre mais maintiennent, contrairement à 2022, une jolie acidité - Probablement en lien avec les quelques épisodes pluvieux de mai et juin d'après l'ISVV.
L'aromatique des vins blancs est surprenante de fraicheur et d'expression.
Les sauvignons sont nerveux et aromatiques les semillons gras, profonds et complexes.
L'assemblage produit tout cet éclat et la gourmandise qu'on attend d'un beau millésime.
Le cas des liquoreux
Les liquoreux sont de la fête.
Ces même raisins qui maintiennent étonnamment une bonne acidité, commence à surmûrir la deuxième quinzaine d'août, certains domaines rentrent les premiers raisins passerillés : fait particulièrement exceptionnel.
L'épisode pluvieux de la toute fin août qui a tant profité aux raisins noirs, réjouie évidement les Sauternais et Barsacais. Cumulé avec un rythme presque métronomique d'averses legères alternées de jours secs et venteux, la pourriture s'est développée dans sa forme la plus convoitée : la pourriture noble.
Ainsi, à partir du 20 septembre et jusqu'à la mi-octobre, 3 à 4 tries s'opèrent dans les vignes, toutes de qualités remarquables. Les moûts sont concentrés, très aromatiques et particulièrement propres, nets.
Le verdict
Ce millésime 2025 est exceptionnel, à l'instar de 2005, les rouges sont grands, les blancs secs sont réussis et les liquoreux sont splendides.
Certes, la notion de terroir est importante pour conditionner la réussite de telle ou telle propriété face aux chaleurs et sécheresses. En particulier concernant les merlots, les calcaires et argilo-calcaires, en général les sols à très bonne régulation hydrique ont été profitables à l'expression fruitée et juteuse des vins.
Mais, pour l'ensemble du Bordelais, notons toutefois que très paradoxalement, il est probable que ce soient les épisodes éparses de pluies, celles du printemps, celles de l'été, qui sont à la signature de ce grand millésime, et conditionnent la réussite supérieure d'un vignoble à un autre, d'une propriété à une autre, voire d'une parcelle à une autre.
Quatre notes, un grand millésime
À l'instar de 2005, les trois couleurs sont réussies. Voici le verdict.