Du verre à la plume

Dégustations, histoires et terroirs à partager

Par Fabian Barnes

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2024 - fraicheur et plaisir, Le Fruit d’un long combat

Lecture en 2 min

2024 fut un millésime d’efforts ardus, où la nature a mis les vignerons à l’épreuve semaine après semaine. Après des années de chaleur et d’équilibre, Bordeaux retrouve un profil plus frais, plus humide, exigeant une vigilance constante face au mildiou et à la pourriture. Pourtant, malgré les obstacles, la région signe des vins sincères, bien buvants, digestes. Des rouges légers, fruités, des blancs frais et aromatiques, des liquoreux délicats et purs. En 2024, les meilleurs crus sont nées d’une très exigeante rigueur.

Analyse météo

L’année s’ouvre sur un hiver doux mais exceptionnellement pluvieux, rendant les travaux de taille difficiles et retardant le débourrement. Le printemps reste frais et instable, avec des gelées fin avril qui touchent certains secteurs sensibles. Le mildiou, précoce et tenace, s’installe dès la troisième semaine d’avril, imposant une attention permanente au vignoble.

La floraison, en juin, se déroule sous un temps humide, entraînant coulure et millerandage, notamment sur le merlot. L’été, plus sec à partir de juillet, relance la croissance, mais la véraison reste étalée. Août, chaud et lumineux, redonne confiance, favorisant une maturation lente et homogène. En revanche, septembre alterne pluies et fraicheur et un long épisode pluvieux à partir du 20 compromet une partie des vendanges de merlot. Les cabernets, récoltés plus tard, bénéficient d’un temps plus stable et d’une belle fenêtre climatique jusqu’à mi-octobre.

Dans le Sauternais, l’alternance de périodes humides et sèches favorise une botrytisation rapide et régulière, donnant naissance à des moûts purs et aromatiques.

Rive droite

Sur la rive droite, 2024 fut une année d’hétérogénéité. Les terroirs argilo-calcaires de Saint-Émilion ont offert des merlots frais, élégants, délicats. La chair est fine, le fruit éclatant, soutenu par une acidité bien présente. Les zones plus humides montrent davantage de souplesse, et souvent de la dilution, mais propose toutefois une aromatique séduisante. Les meilleurs Pomerol proposent de jolis équilibres et leur suavité naturelle. Une rive droite sincère, dominée par la simplicité, la fraîcheur et le fruitée.

Rive gauche

Le Médoc et les Graves ont profité d’une météo plus clémente en fin de saison. Les cabernets sauvignons qui ont pu être vendangés tard, présentent un profil classique : couleur intense, tanins fins, structure droite. Ils contribuent très nettement à la qualité de l’assemblage final. Margaux, Saint-Julien, Pauillac, Saint-Estèphe, les meilleurs crus expriment leur rigueur avec des vins francs, nets, équilibrés, sans excès. À Pessac-Léognan, les rouges séduisants exprimment une certaine droiture, de la fraîcheur et un fruité éclatant.

Blancs secs

Jolie réussite pour les blancs secs. L’absence de canicule et la fraîcheur des nuits ont permis de préserver des équilibres acides. Les sauvignons très aromatiques expriment des notes de zeste de citron, de pamplemousse et de fleurs blanches ; les sémillons, sur des terroirs appropriés, ajoutent ampleur et suavité. Lorsque les graves sont profondes, celles-ci livrent des vins droits, précis, vibrants, au style pur et cristallin.

Liquoreux

Millésime relativement favorable aux liquoreux. Le botrytis s’est développé tôt et de façon homogène, permettant des tries successives nettes et régulières. Les vins sont purs, un “rôti” bien développé : arômes d’abricot confit, de miel et de fruits exotiques. Certes la bouche manque de chair mais elle et néanmoins savoureuse et équilibrée. . Des liquoreux fins, harmonieux, d’une élégance classique — la douceur de la précision.

Conclusion

2024 ne restera pas dans les annales comme un millésime d’exception, mais comme celui de la résilience. Grâce à la vigilance et la ténacité des vignerons, Bordeaux livre des vins francs, frais et accessibles.

Le tour des appellations – Coups de cœur

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2023 - Le jeu des contrastes

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2023 s’annonce comme une année contrastée et surprenante. Si le vignoble bordelais a connu de fortes pressions de mildiou et des épisodes climatiques extrêmes, les vins produits se distinguent par leur fraîcheur, leur typicité et leur élégance. Moins uniformes que 2022, ils offrent une grande variété de profils selon les terroirs et les choix de vinification. Un millésime de nuances, où la finesse prime sur la puissance pour les rouges — la grâce pour les blancs.

Analyse météo

Le millésime 2023 débute par un hiver frais et peu ensoleillé, retardant le débourrement et épargnant les vignes du gel printanier. Le printemps, alternant douceur et fraîcheur, favorise la pression du mildiou, obligeant les vignerons à une vigilance constante. Heureusement, le mois de mai, chaud et sec, assure une floraison rapide et homogène, sans coulure ni millerandage.

L’été les orages s’enchaines et la vigne poursuit sa croissance : la véraison, très irrégulière, s’étale sur un mois. Enfin, à partir de la mi-août, le temps bascule : chaleur intense, sécheresse. Le mois de septembre chaud et lumineux profite à la maturation et aux vendanges des blancs secs et merlots précoces mais les pluies annoncées pour le 20 du mois laissent craindre la pourriture et précipitent certaines récoltes. Les vendanges, s’échelonnent jusqu’à octobre pour les Cabernet sauvignon qui pouvaient attendre. Les conditions climatiques ont été très favorable au développement de la pourriture noble, et le temps secs et particulièrement chaud jusqu’a la mi-octobre ont permis une belle concentration des raisins destinés aux liquoreux.

Rive droite

Sur la rive droite, la diversité des situations domine tant la pression du mildiou puis de la pourriture distingue les parcelles et les crus. Les terroirs dit froid, calcaires et argilo-calcaires, ont donné des merlots frais, fruités, à la texture veloutée. Les sols plus chauds ont produit des vins plus denses, parfois un peu fermes. La part de Cabernet Franc dans l’encépagement qui ont pu patienter après les pluies à toute son importance. Une rive droite particulièrement nuancée où la main du vigneron a été capital.

Rive gauche

Le Médoc et les Graves signent un millésime très contrasté, mais souvent brillant sur les grands terroirs. Les cabernets sauvignons réussis sont ceux qui ont pu traverser la semaine de pluies de septembre et pleinement profiter du climat d’octobre. Cela se montrent profonds, racés, d’un classicisme éclatant. Une rive gauche certes incomparable à 2022, mais marquée par de belles réussites sur les sols profonds et bien drainés.

Blancs secs

Les blancs secs sont l’un des points forts du millésime. Préservés des excès de chaleur jusqu’à la mi-août, ils présentent une fraîcheur éclatante et un éclat aromatique remarquable. Les sauvignons sont tendus, sapides, très expressifs, tandis que les sémillons ajoutent moelleux et complexité florale. Les graves profondes livrent des blancs lumineux, pleins, d’un équilibre parfait entre tension et gras. Des vins éclatants, à la fois purs et gourmands — admirables de précision.

Liquoreux

Le Sauternais signe un très grand millésime. Grâce à une alternance idéale d’humidité et de chaleur à la mi-septembre, le botrytis s’est installé précocement et de manière homogène. La concentration des baies fut rapide et naturelle. Les vins allient richesse, intensité aromatique et fraîcheur superbe. Arômes de miel, d’abricot confit, de fruits exotiques et de fleurs blanches. Des liquoreux puissants mais équilibrés, dans la lignée des grandes années récentes.

Conclusion

2023 est un millésime hétérogène dominé par la réussite éclatante des blancs et des liquoreux. Les rouges ne brillent pas mais les meilleurs ravissent les palais par leur potentiel aromatique et la finesse de leurs structures ; ils reflètent assez fidèlement l’expression des terroirs.

Un Bordeaux de contrastes et de clarté, où la main du vigneron a dû guider la nature avec finesse — la précision dans la diversité.

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2018 - La puissance sereine

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2018 ouvre un nouveau cycle à Bordeaux : celui d’un équilibre retrouvé entre maturité et précision. Après un début de saison difficile, la nature a offert une fin d’été parfaite, permettant de produire des vins spectaculaires d’intensité et de pureté. Denses mais harmonieux, riches mais frais, les 2018 marquent un sommet moderne du style bordelais. Une année de puissance sereine, lumineuse et parfaitement maîtrisée.

Analyse météo

L’année commence sous la pluie : un hiver provoquant un retard de débourrement puis un printemps très humides favorisant un mildiou foudroyant sur feuilles, sur grappes, les orages de grêle n’arrangent rien, l’inquiétude est largement palpable chez les vignerons devant faire face à tant de pressions. A partir de juillet, le temps change radicalement : un été chaud, sec, lumineux, sans excès de canicule, s’installe durablement. Les vignes reprennent vigueur, la maturité progresse lentement mais sûrement. Septembre et octobre, ensoleillés et secs, permettent des fin de maturité complètes et des vendanges sereines et tardives. Les raisins sont splendides : petits, concentrés, à la peau épaisse, avec des tanins mûrs et une acidité étonnamment fraîche. 2018 est un millésime d’exception né du contraste entre abondance solaire et rigueur technique.

Rive droite

Sur la rive droite, 2018 offre des vins d’une sensualité contenue. Les merlots, d’une maturité parfaite, livrent des rouges charnus, veloutés et profonds. Saint-Émilion brille par l’équilibre de ses vins entre ampleur et droiture, des tannins structurants mais soyeux. À Pomerol, la richesse naturelle du millésime s’exprime dans une texture moelleuse , duveteuse, et un fruité intense noir et pur. Dans les Côtes, notamment à Castillon et Francs, mais aussi à Fronsac et Canon Fronsac les rouges se distinguent par leur densité et leur éclat. Une rive droite festoyante où puissance et fraîcheur se confondent.

Rive gauche

Le Médoc et les Graves signent de grands vins. Les cabernets sauvignons, parfaitement mûrs, offrent des structures monumentales dans un parfait équilibre. Pauillac impressionne par sa densité monolithique et ses longueurs intarrissable. Saint-Estèphe s’accorde un tannin plus affirmé mais aussi un fruité plus vivifiant. Saint-Julien affiche la générosité, du fruit du jus, du fruit du jus… Plus au sud, et probablement parce que le merlot est plus abondant, et que mildiou et grêle ont été plus intense qu’au nord, les vins de Margaux assurément gourmand à souhait affichent une arrogance juvénile liée à l’alcool un peu frontal et un tannin ciselant. Pessac-Léognan aussi revêt une pointe alcooleuse mais cette trame crayeuse qui est la sienne enveloppée de fruit gourmand et sa chair juteuse en font une réussite du millésime . Une rive gauche puissante, lumineuse, symbole d’un Bordeaux exceptionnel en particulier au nord.

Blancs secs

Les blancs secs 2018 sont tendre, gourmand, parfois solaires, et pour les plus réussis équilibrés par un aromatique d’agrumes mûrs généreux; les sémillons, en particulier sur argilo-calcaire, apportent volume et suavité. Des vins charmeurs, pleins, plus ronds que tendus, peu éloquents mais savoureux.

Liquoreux

Année complexe pour le Sauternais, marquée en premier lieu par une attaque massive, intense, du mildiou ; puis des orages de grêle destructeurs. L’automne chaud et ensoleillé favorise le passerillage mais pas le développement de la pourriture noble qu’il faudra attendre mi-octobre pour des vendanges fin octobre. Les crus les mieux notés ont toutefois produit des vins superbe : puissants, riches, aux arômes de fruits confits, de miel, d’ananas rôti et d’épices douces. La plus part manquent de fraicheur et d’élégance qu’octroie un botrytis magnifiquement développé, ils ont même pour certains une tendance à s’empâter. Malgré cela ces liquoreux sont profonds, voluptueux et savoureux.

Conclusion

2018 est un grand millésime de modernité maîtrisée. Des rouges somptueux ; des blancs secs charmeurs ; des liquoreux généreux. Un Bordeaux à la fois intense et apaisé, qui allie force et transparence.

Une année de maturité tranquille, où la puissance se fait harmonie — la puissance sereine.

Le tour des appellations – Coups de cœur

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